AccueilObama Président?
Dimanche 26 Octobre 2008 à 14:36:43
Le hazard a voulu que je me retrouve à Atlanta dans l'Etat de Georgia en cette période où l'empire américain écrit de nouvelles pages de son histoire. Alors je me suis proposé d'animer ce blog au jour le jour, poster de petites anecdoctes. On parle souvent de la campagne négative des républicains. Voici l'histoire d'une femme militante pro Mc Cain qui s'est prise dans son propre piège.
Madame H, sort de nulle part il y a deux jours, en sanglot. Elle crit que ce sont les gens de la campagn Obama qui l'ont frappée, sous prétexte qu'elle supportait Mc Cain. Très vite les responsables de la campagn Mc Cain dans cet état invite les chaines de télévision locale. L'histoire se retrouve sur le net. Sauf qu'il y a la police, les forces de l'ordre. Elles arrivent sur les lieux et commencent donc par faire des enquêtes. C'est en écoutant la dame, que les policiers découvrent que rien de ce qu'elle déclare n'était cohérent. Elle finit alors par avouer qu'elle a tout inventé.
C'est malheureux. La pauvre qui voulait aider son candidat à remonter dans les sondages se retrouve avec une amende de $ 50.000 a payé pour avoir menti. La campagn républicaine refuse de l'aider. Par ces temps de financial crisis, où est-ce-qu'elle peut trouver cette somme?
Cyprien depuis Atlanta
Situation politique Béninoise
Mercredi 6 Août 2008 à 23:30:30
Le Bénin vient de célébrer le 48ème anniversaire de son accession à l'indépendance politique. Nous disons bien indépendance politique car la souveraineté économique, nous n'en sommes pas encore là. Nous sommes encore sous la domination de la France avec la monnaie, le francs CFA. Juste pour votre information, le Maroc et la Tunisie avaient aussi leur monnaie guarantie par la France. Mais à un moment donné, ils ont osé dire non. C'est cette audace qui manque encore aux Pays africains de la zone CFA. Or celui qui tient la porte-monnaie, vous tient. N'est-ce pas? Déjà, on parle d'une prochaine dévaluation. Wait and see. Mais au lieu de réfléchir sur les problèmes économiques, monétaires et sociaux, les politques béninois se sont lancés dans la préparation des élections de 2011. Voilà le bien fondé de la crise. L'opposition, au lieu de se rendre crédible en faisant des propositions concrètes pour sortir de la crise économiques internationale, ne fait que des critiques. Dans les prochains textes, je vous ferai part de mes propositions.
Présentation de ma thèse le 13 juin 2008
Lundi 23 Juin 2008 à 19:16:6
Présentation
§ Monsieur Président du jury,
§ Madame et messieurs les membres du jury,
Le sujet qui nous rassemble ce matin est intitulé : Proximité spatiale, distances socio-culturelles à Cotonou et à Lomé. Etude Comparative.
En d’autre terme, la ville étant un espace de partage, le fait que des populations hétérogènes vivent en commun dans un même espace, génère t-il un rapprochement ou un éloignement socio-culturel ?
Pour répondre à cette question, j’ai choisi une approche comparative. Au-delà du fait que le comparatisme soit consubstantiel à l’esprit humain, l’usage de l’approche comparative est dans l’essence même du concept de proximité. En effet, il est évident que la proximité est un rapport. De ce fait, appréhender les proximités, c’est faire apparaître les différences, en retenant par exemple des critères de similarité ou de dissimilarité, un certain nombre de caractéristiques communes permettant de situer une proximité ou une distance entre deux populations.
Pour collecter les données à l’origine de la rédaction de cette thèse, j’ai utilisé les techniques quantitatives et qualitatives de la recherche. Ainsi, l’entretien de groupe thématique (focus group) et l’entretien individuel, l’observation et la photographie (qualitatifs), les questionnaires individuels (quantitatifs) constituent les outils utilisés à l’échelle des agglomérations de Lomé et de Cotonou (montrer la carte des zones d’investigation). Le choix des quartiers d’investigation a été le premier acte de la démarche méthodologique. Après avoir divisé chacune des deux villes en trois groupes de quartiers, à l’intérieur de chaque secteur, le choix s’est opéré de manière raisonnée en tenant compte de mes hypothèses et des cibles que je voudrais atteindre. Dans ces quartiers, j’ai réalisé les enquêtes par questionnaires et quelques entretiens. Les autres entretiens ont été faits dans d’autres cadres suivant les objectifs poursuivis. Le choix des unités statistiques (individus interrogés) s’est fait au hasard. Quand aux questionnaires aux adolescents, j’ai choisi dans un premier temps les collèges et à l’intérieur de chaque collège, les échantillons d’élèves sont constitués avec l’aide des censeurs de ces établissements scolaires en tenant compte de l’âge et du lieu de naissance des adolescents.
Les données quantitatives ont été traitées avec le logiciel SPSS. A ce niveau, au lieu d’aligner une suite de tableaux dans un chapitre qui serait la présentation des résultats, j’ai choisi d’intégrer directement les tableaux importants dans le chapitre correspondant, de manière non seulement à faciliter la lecture mais aussi à le commenter et le comparer avec les données qualitatives qui sont pour une large part directement insérées dans le texte sous forme d’encadrés.
En quoi suis-je légitime pour présenter ces travaux ?
Le premier élément de cette légitimité est la connaissance du terrain. En effet, outre le fait d’avoir vécu dans les deux villes, la collecte des données a été faite suivant un calendrier constitué de va et vient triangulaire entre Paris, Cotonou et Lomé à partir de février 2005 et à raison d’un séjour de 4 à 5 mois par an jusqu’en mai 2007.
Mon parcours est le deuxième facteur qui fonde mon bon droit. En effet, après une maîtrise obtenue en sociologie à l’Université d’Abomey-Calavi (Bénin), j’ai travaillé, dans un premier temps, comme animateur de développement dans une petite ville (10.000 habitants à
Mon rôle était, entre autres, d’accompagner les populations des différents quartiers de la ville et village d’Allada, dans la conception et la mise en œuvre des plans de développement de leur localité. En somme, mon impératif était, de considérer, avec des outils sociologiques, le territoire comme entité culturelle et politique et, en s’appuyant sur la géographie, de coproduire un discours à la fois pratique et pragmatique avec les différents acteurs impliqués dans l’autopromotion locale.
C’est dans la quête de cette pertinence analytique interdisciplinaire que s’inscrit mon admission à l’école doctorale Milieux, Cultures Société du Passé et du Présent de l’université Paris 10.
Pour cadrer mon propos, cette présentation sera articulée autour du mot Composition. En effet, ne peut-on pas dire que la ville est, par excellence, un lieu de composition, dans les divers sens que ce terme revêt ?
La composition peut d’abord s’entendre comme, configuration associant des éléments différents qui sont, en suivant l’étymologie, "posés ensemble" : il s’agit là d’une co-présence.
Co-présence, déjà, de structures bâties, de réseaux de communication, d’objets matériels, de formes urbaines. Co-présence aussi, de populations plus ou moins hétérogènes dont les habitats, les réseaux relationnels et les pratiques se distribuent selon certaines règles au sein de l’espace de la ville.
Quand on l’entend non plus comme résultat mais comme processus (au sens de Pierre Riboulet), la notion de composition peut être considérée comme un équivalent de celle d’agrégation. Par les effets de composition, les espaces - produits, aménagés, habités, pratiqués - s’interposent, avec leurs contraintes et leurs rigidités, entre les intensions des individus et les résultats agrégés de leurs interactions.
Le terme de composition renvoie enfin à un troisième registre sémantique, celui du compromis, de la négociation. La question du compromis se trouve engagée, déjà, dans les diverses formes d’actions sur la ville : compromis entre Etat central et collectivités locales, entre élus, fonctionnaires experts et porte-parole des habitants, chacune de ces catégories d’acteurs étant porteuse d’intérêts, de rationalités, en tout cas de points de vue différents.
La problématique de composition, dans ces trois sémantismes structurent cette présentation :
Première partie :
Cotonou et Lomé : composition de formes physiques (matérielles) et socio-culturelles
Deuxième partie :
Cotonou et Lomé : composition comme interaction, coopération, conflit etc
Troisième partie :
Cotonou et Lomé : Composition comme compromis, négociation, participation, mobilisation
Première partie :
Cotonou et Lomé : Composition de formes physiques (matérielles) et socio-culturelles
Parler de la proximité implique de définir les éléments sur lesquels elle porte (éléments qui sont plus ou moins proches). Conformément à la définition mathématique, l’ensemble des éléments pris en compte (et du principe de proximité) constitue un espace. Ainsi, les réalités physiques se ramènent à l’espace physique, construit, travaillé, modelé, partagé par des hommes. Les différents types de quartiers que l’on rencontre à Cotonou et à Lomé témoignent de cette proximité physique dont il est question. En effet, Lomé et Cotonou, deux villes ouest-africaines (carte de situation), toutes deux doivent leur développement à la colonisation. De ce fait, elles n’échappent pas à la dualité qui caractérise, en général, les villes africaines. Ainsi, l’opposition entre «ville africaine» et «ville européenne» utilisée comme catégorie analytique de la ville en Afrique reste pertinente. D’ailleurs, les quelques programmes immobiliers (SITO à Lomé, SOCOGIM à Cotonou et plus récemment la Cité OUA, la cité de l’espoir et la cité de la CEN-SAD), initiés par les gouvernements qui se sont succédés, ont amplifié ce phénomène, en accentuant la distance sociale entre les couches aisées et les couches défavorisées. A ces deux groupes de quartiers (quartiers populaires et quartier de haut standing) il faudra ajouter un troisième : les quartiers mixtes. En effet, dans ces espaces coexistent des villas splendides et des maisons en matériaux précaires. Les nouvelles extensions dans les deux villes ont tendance à renforcer cette contiguïté, preuve que deux lieux géométriquement proches peuvent s’ignorer totalement. Cette ségrégation sociale spatialement définie, tant au niveau de la parcelle que du quartier, est plus perceptible à Cotonou qu’à Lomé. La forme et le processus de croissance spatiale des deux villes ont été largement développés dans le chapitre1.
La ville, espace construit, est aussi un espace vécu par différents groupes socio-culturels. A l’instar de plusieurs villes africaines, l’exode rural est à l’origine de la croissance démographique des villes de Cotonou et de Lomé : le ravitaillement en hommes nouveaux. Elles absorbent les hommes qui viennent des campagnes et d’autres villes qui se trouvent ainsi vassalisées. L’installation de ces migrants se fait suivant l’axe du retour. Les premiers venus dans le cadre de l’exode rural gardent des attaches au village et y retournent pour se marier. Preuve du dialogue ininterrompu avec les campagnes. Ceux-ci, ainsi que leur épouse, accueillent frères, sœurs et cousins et cousines, qui à leur tour, après émancipation firent de même. Il s’ensuit une chaîne de solidarité qui finit par se constituer, mais elle est assez ouverte puisque le désir d’ascension pour atteindre la bourgeoisie locale favorise une émulation et un brassage poussé. La forme de manifestation de cette solidarité se concrétise dans les premières associations de ressortissants. Comme chez Sorokin ou chez Bourdieu, la proximité qu’implique cet espace social est une proximité de dispositions culturelles (l’habitus) supposée homologue. Creuset de socialisation urbaine, ces associations sont également des structures de développement des villages de départ. Son terrain de prédilection est aujourd’hui au niveau des élèves et des étudiants : l’origine géographique est un élément non négligeable de proximité des références et de construction des identités. Il y a une mémoire des lieux, des modes de vie, des personnes, du territoire en définitive, qui peut constituer un ensemble de références communes. C’est ce qui permet de comprendre les solidarités qui sont à la base de la constitution de ses associations et que j’ai traité dans le deuxième chapitre.
Les populations, quel que soit leurs statuts ou leur appartenance ethnique ou religieuse, appartiennent à des réseaux sociaux. Cette approche par le réseau social se centre sur les relations entre individus. La proximité relationnelle qui en découle est à la fois sociale, puisqu’elle est fondée sur des critères sociaux, et matérielle, puisqu’elle implique des échanges directs dans les quartiers, les concessions, et autres cadre physique d’interaction.
Deuxième partie :
Cotonou et Lomé : composition comme interaction, coopération, conflit
Dans le « gigantesque mécanisme de tri et de filtrage » dont est fait la grande agglomération, de multiples processus s’enchevêtrent. S’interrogeant sur la genèse des relations sociales, Goffman signale que la plupart des relations ancrées naissent, semble-t-il, pour des raisons extérieures et sont le résultat direct et immédiat de dispositions institutionnelles. Les clients, collègues de travail et voisins sont des personnes rencontrées dans ce que l’on peut appeler des situations routinières produites par des lieux précis (lieux de travail ou de loisirs, établissements scolaires, marchés, terrain de sport, quartier, association etc). Dans ces lieux d’interaction, le quartier joue un rôle principal à Cotonou et à Lomé. Les réseaux de sociabilité ainsi que le quartier comme catégorie sociologique sont traités dans le chapitre 3. En effet, espace à la fois proche et familier, le quartier est une catégorie sociologique, car de par la proximité spatiale, il s’avère être un lieu de convivialité, mais aussi un espace d’exclusion, donc, de distance socio-culturelle. Analysant les différentes logiques qui sous-tendent les relations de voisinage dans les quartiers populaires et mixtes des deux villes, j’ai observé que les groupes sociaux défavorisés fondent leur sécurité dans les relations de voisinage et dans la connaissance personnelle. Les groupes aisés, en revanche, possèdent, à des degrés divers, une certaine capacité de délocalisation dans la mesure où leurs réseaux de relations ne sont pas uniquement fondés sur la proximité spatiale. Les différentes catégories sociales peuvent co-exister dans un même quartier mixte, partager la même rue sans se connaître. De la même manière, dans les quartiers de « haut standing », chaque citadin évolue dans son territoire tout en feignant de croiser l’autre. A chacun son chemin, son réseau et sa trajectoire. Comme me l’a confié un ancien ministre togolais qui s’est installé à la « Caisse » : on se croise sans jamais se côtoyer. La proximité relationnelle individuelle ou plus exactement inter-individuelle est un processus dont la construction se poursuit tout au long du cycle de vie du citadin. L’appartenance à la même génération, à la même religion, à la même région ou à la même ethnie et le statut social, sont entre autres, les facteurs qui sous-tendent le développement des différentes typologies relationnelles qui sont pour une large part idiosyncratique. La proximité spatiale n’est ni le garant, ni l’indicateur d’une proximité socio-culturelle.
Les lieux de ces différentes interactions peuvent se trouver relativement dispersés dans la ville ou l’aire de résidence. Cette dispersion engendre des déplacements qui se font à Cotonou et à Lomé par les taxis-motos. Cette fonction sociale des taxis-motos a été analysée dans le chapitre5. Le citadin se déplace pour rendre visite à un membre de sa famille dans un autre quartier, pour aller à la plage, au marché, au travail ou au restaurant manger du foufou ou boire du tchoukoutou. Lieux de sociabilité, d’échange, de communication, de retrouvaille, de distraction et de rencontre, ces espaces permettent aux citadins de différents groupes socio-culturels de se découvrir. Le chapitre 7 de mon étude a été consacré à l’analyse des espaces publics comme lieux de reflet des situations de proximité ou de mise à l’écart.
La société cotonoise et loméenne, comme tout objet social, n’est pas un ordre dans lequel les individus seraient simplement affectés à des positions, dotés de statuts fixes, et s’observant les uns les autres. Entre les individus et les groupes, il y a sans cesse des transferts, des échanges. Echange marchand de biens ou de service, mais aussi échange culturel, ils ne se réalisent qu’à partir du moment où il existe entre les personnes engagées une différence, assimilable à une distance qui les différencie l’un de l’autre. C’est dans ce sens que s’inscrit l’interpénétration alimentaire que j’ai observé dans les deux villes. Parce que culturelle, l’alimentation ne permet pas seulement d’apprécier les niveaux de proximités culturelles entre des individus appartenant à des groupes différents, mais elle est aussi un indicateur du pouvoir d’achat. A ce titre, les différents mets consommés et la « manière de manger » constituent des variables pour mesurer la distance sociale qui existe entre les différents citadins de la ville. Le chapitre 4 développe largement cette manière de découvrir l’autre par l’alimentation. Au-delà des différences sociales, permanence et mutation caractérisent l’alimentation à Cotonou et à Lomé.
Troisième partie :
Cotonou et Lomé : Composition comme compromis, négociation, participation
Partager un même espace implique le partage des ressources communes : infrastructure socio-communautaire, services disponibles, équipements etc. Le partage de ces ressources peut générer des débats, des conflits, bref, diverses sortes d’interactions collectives. Ce qui exige du pouvoir local une recherche permanente de compromis. Dans cette quête de transaction socio-politique, les villes ont conduit des expériences politiques originales et en mettant en place de nouvelles institutions. La mise en place des Comités de Développement du Quartier (CDQ) comme institution de participation et de gouvernance concertée de la ville dont l’objectif est de faire de la démocratie de proximité un lieu de promotion de la solidarité sociale s’insère dans cette dynamique que j’ai suffisamment développé dans le chapitre6. Qu’ils soient initiés par les autorités (top down) ou par les citadins eux-mêmes (bottum up), le CDQ est un espace de concertation animé et ordonné par des citadins différents des élus. Ce faisant il (le CDQ) créé une "citoyenneté locale" ne renvoyant qu’à la collectivité de l’espace sur lequel elle s’applique: le quartier. Cependant, certains groupes de citadins s’en tiennent à l’écart de cette initiative. Ainsi, le CDQ, au lieu d’instaurer plus de proximités entre les citadins, ils provoquent une exclusion. La démocratie de proximité est inefficace si elle ne se conjugue pas avec des méthodes d’intervention permettant à tous les habitants, sans distinction aucune, de participer aux initiatives locales. Il faudrait inventer en pratique des dispositifs qui, sans parvenir à une parfaite représentativité statistique de l’ensemble des groupes présents sur le territoire, parviennent à limiter de tels écarts de représentation, au risque de renforcer paradoxalement l’exclusion de tous ceux dont la voix ne parvient pas à se faire entendre en ces lieux. Faire de la proximité une communauté d’idées et de projets qui s’inscrive dans les réalités locales et s’en inspire représente la forme de participation qui permet de mobiliser tous les citadins autour des enjeux de leur quartier. Considérer le « local » comme un tremplin et lier la gestion de proximité et la démocratie participative à l’échelle de l’agglomération pourrait être un moyen de mobiliser les ressources matérielles, budgétaires et humaines. Jouer sur la solidarité intra-communale constituera un atout dont toute la ville bénéficiera. Remplacer les élus, n’est pas la vocation de cette instance, mais il s’agit de conduire, auprès de ceux-ci, des actions directes, ou par lobbying, afin que les (avérées) problématiques des citadins soient prises en compte à chaque exercice budgétaire et de diminuer la distance sociale qui sépare les élus des citadins. S’il est vrai que la démocratie de proximité bien conduite permet de mobiliser les habitants à la plus petite échelle urbaine, en revanche l’enfermement dans l’action de proximité est aussi générateur d’un déséquilibre entre les quartiers. De ce fait la solidarité inter-quartiers va s’affaiblir. Ce nouvel espace de décision qui aura une incidence directe sur le type et l’opportunité des investissements publics sera fondamental pour générer une meilleure répartition des richesses et contribuer à la socialisation de la politique. Une meilleure répartition des richesses, sans socialisation de la politique pourrait conduire à un certain paternalisme qui nuirait à l’affirmation de l’autonomie des individus et des organisations de base.
Les modèles permettant de penser le futur des villes ont évidemment des fondements idéologiques et politiques. On trouve là une des entrées qui souligne les références idéologiques de la proximité spatiale. La forme et le projet des gouvernements locaux doivent, selon moi, être examinés à partir de la question : à qui sont-ils destinés ?
Sommes toutes, la proximité socio-patiale est l’une de ces notions polymorphes qui se dérobent constamment quand on prétend les analyser. A priori, elle parait simple : on dira de deux individus ou de deux acteurs qu’ils sont proches s’ils appartiennent au même groupe d’acteurs ou au même monde selon l’échelle de distance que l’on aura sélectionnée. La distance entre eux est alors analysable à partir de cette plus ou moins grande communauté de statuts. Mais une telle représentation ne peut être étendue, tant les différentes dimensions de la vie sociale s’entrecroisent sans dépendre strictement les unes des autres. Il serait alors utopique de vouloir construire une mesure durable et facile de la proximité. Dans chaque situation, la place accordée aux diverses dimensions de la distance s’avère variable : pour les uns les relations familiales sont dominantes (le lien familial est un moyen de proximité fort), pour d’autres, au contraire, ce sont les relations nouées dans le cadre de l’éducation qui forment la trame des réseaux de proximité.
Ce travail présente toutefois des limites. En effet, en analysant le couple proximité-distance dans son acception politique, mon objectif du départ était de pouvoir dépouiller les résultats de Lomé pour les élections présidentielles togolaises d’avril 2005 et de les comparer avec ceux de Cotonou pour les élections présidentielles du Bénin de mars 2006. L’idée était d’analyser ces résultats et de les confronter avec la composition ethnique de chaque quartier correspondant. Cette analyse m’aurait permis de faire une géopolitique locale des deux villes et de vérifier si la fragmentation ethnico-politique de l’espace loméen, observable en périodes d’agitation politique ou sociale, était confirmée par les statistiques. Ce volet de mon travail n’a pas été développé pour des raisons de disponibilité et d’accessibilité des données. En effet, faute de recensement général de population, les données démographiques exhaustives n’existent pas. De plus, l’ambiance politique loméenne ne permet pas aux chercheurs l’accès aux résultats des élections. Il en est de même pour ce qui est du calcul du rapport de participation d’un territoire ou d’une ethnie à la gouvernance de la ville. Les mêmes raisons d’homogénéité des résultats m’ont conduits à abandonner cette piste de réflexion et à travailler sur les comités de développement comme outils techniciste de participation de la population à la gestion urbaine.
La ville est un espace de vie mais aussi un lieu de passage qui prône la mobilité des individus. C’est pourquoi favoriser les mobilités urbaines pour toutes les catégories de la population est aussi indispensable que la promotion des différentes formes de proximité. Les droits au travail, à l’éducation, aux loisirs, à la santé etc doivent passer par une sorte de droit « générique » qui commandera tous les autres : le droit au mouvement. Au sens de Rawls, la proximité pose la question des rapports entre efficacité et justice ou performance économique et équité.
La démocratie de « proximité » pourrait déboucher sur une exacerbation des égocentrismes, un repli étroit sur l’environnement proche et une concurrence effrénée des territoires. S’il est possible et souhaitable de favoriser la délibération à l’intérieur de chaque quartier, l’harmonisation des points de vue et des intérêts à l’échelle de la ville, si savamment et démocratiquement organisée à Porto Alegre, constitue encore à Lomé et à Cotonou un sérieux défi à relever.
En prenant l’exemple des CDQ qui connaissent une relative réussite (le cas des CDQ de Bè et d’Amoutivé) et dans l’hypothèse que ces CDQ, initiatives endogènes, seraient une réplique à la marginalisation spatiale subie, quels processus de territorialisation expliquent la mise à l’écart d’un segment de citadins dans ces quartiers ? C’est pour essayer d’apporter des éléments de réponses à cette question, que dans une perspective postdoctorale, j’envisage approfondir les enquêtes spécifiquement sur les CDQ à Lomé pour analyser la corrélation entre proximité socioculturelle (existence d’une communauté) et espace urbain marginalisé dans le cadre de l’ANR JUGURTA.
Utilisée comme instrument de gestion et de reproduction des rapports sociaux et malgré une analyse sociologique et géographique que j’espère enrichissante malgré ses limites, la notion de proximité resurgit sous forme de proposition apodictique. N’empêche que, dépouillées de ses utilisations idéologiques, la proximité est assurément, une dimension clef de l’analyse géographique, sociologique et politiste des villes, ne serait-ce que par la place qu’elle occupe au cœur du principe de maximisation de l’interaction socio-culturelle qui préside à l’étude des flux, des relations, des structures spatiales, à l’identification des réseaux, des territoires. Quel que soit la catégorie analytique, le couple proximité/distance demeure, un champ de réflexion encore ouvert pour appréhender le fait urbain, et plus particulièrement dans la conception des politiques de développement sectoriel.
Madame, messieurs les membres du jury, je vous remercie de votre attention.
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